« Aller vers l’extérieur » : à la rencontre de l’équipe de sociothérapie de l’Institut Camille Miret

04.05.2026

Au sein de l’Institut Camille Miret, la sociothérapie, comme toutes les autres spécialités, ne fonctionne pas en vase clos. Elle repose sur les compétences des professionnels qui composent l’équipe — et elle est, à l’image du soutien apporté au patient, à la croisée de ce qu’apportent tous ceux qui lui viennent en aide.

Une fois n’est pas coutume, changement de format : cette fois, en entretien croisé entre Nathalie Lasbories, éducatrice spécialisée en sociothérapie, et Florine Doucet, enseignante en Activité Physique Adaptée, pour en savoir plus sur le soin du patient au sein de l’Institut Camille Miret. (première partie)

Première question pour ne pas perdre les lecteurs : quels rôles avez-vous au sein de la sociothérapie et quel métier exercez-vous au sein de l’Institut Camille Miret ?

Nathalie Lasbories, éducatrice spécialisée au service Sociothérapie

Je travaille avec une équipe qui réunit plusieurs compétences, un psychomotricien, un ergothérapeute, une art-thérapeute et une enseignante spécialisée en activité physique adaptée. Mon rôle est d’accompagner les patients vers une meilleure autonomie, ou de contribuer au rétablissement de celle-ci en utilisant différents supports.

Florine Doucet, enseignante en activité physique adaptée

De la même façon, j’interviens avec un double objectif : celui de la remobilisation et de la reprise/maintien de l’autonomie, notamment au niveau de la marche, mais également de l’augmentation de la qualité de vie des patients, et parfois la réinsertion dans des activités sociales.

Mes interventions sont toutes organisées selon les sollicitations des équipes et des médecins.

Mon métier consiste à faire pratiquer une activité physique à un public présentant une pathologie ou une déficience, activité que ce public ne pourrait pas pratiquer à l’instant T de façon autonome. En groupe par exemple il s’agit de renforcement musculaire (step, fitness), des sports de raquettes ou des sports collectifs.

Cet accompagnement est adapté au plus près de la personne, de ses objectifs et de ses besoins, en tenant compte de sa condition physique initiale.

Nathalie Lasbories

En sociothérapie, nous utilisons des supports un peu différents (relaxation, sophrologie, balnéothérapie…). Il peut s’agir, soit d’une prise en charge collective ou individuelle.

Il y a des activités de groupe, comme la randonnée, la marche douce ou la marche afghane et la notion de la remise en condition physique en associant des activités de randonnée, de piscine.

Pour l’élaboration des séances, je m’appuie sur l’objectif posé au départ par l’équipe et le médecin.

Florine Doucet

La rencontre avec le patient permet de partager cet objectif avec lui, de mesurer sa pratique d’activité physique lorsqu’elle existe, de cerner ses préférences. Puis, après avoir obtenu l’accord du psychiatre, nous débutons les séances.

Nous avons la chance d’avoir beaucoup de matériel et de pouvoir bénéficier de la balnéothérapie de la MAS de Leyme. Nous allons au maximum sur l’extérieur, en organisant des journées sportives à thèmes inter-établissements

Lorsque vous vous rendez à l’extérieur, vous heurtez vous parfois à des difficultés, que ce soit de la part des patients eux-mêmes, ou des préjugés des gens alentour ?

Nathalie Lasbories

Nous sommes dans la bienveillance, on étaye l’accompagnement, pour faire en sorte que la personne trouve son compte dans l’activité et, petit à petit, qu’il progresse vers l’objectif fixé dans le cadre de l’hospitalisation.

La plupart du temps, les patients sont bien acceptés par le monde extérieur, on a parfois des personnes très aidantes et bienveillantes à leur égard.

Bien entendu, les patients, par certains de leurs comportements, peuvent attirer l’attention, mais finalement, ça va dans le bon sens.

Cet aspect social de l’activité fait partie de la sociothérapie, il est toujours intéressant, lorsqu’on va à l’extérieur de voir les patients évoluer dans un contexte différent.

Florine Doucet

Je confirme ce que dit ma collègue : les patients sont heureux de pouvoir sortir de l’hôpital, pour ne serait-ce qu’une heure ou deux, pour faire autre chose, travailler eux-mêmes certains objectifs dans un autre cadre.

La sociothérapie crée en eux cette envie d’aller toujours plus loin dans leur capacité à progresser. C’est un point crucial de nos observations.

Nathalie Lasbories

Nos activités les rendent plus attentifs à l’environnement généralement, l’extérieur est un bon terrain d’observation. On cherche, à ce moment-là, différents moyens pour favoriser leurs évolutions ou d’apprendre de nouvelles choses, tout simplement.

Qu’est-ce qui vous a amené à exercer ce métier et, plus singulièrement, à l’Institut Camille Miret ?

Nathalie Lasbories

Educatrice spécialisée est une profession qui m’a toujours attirée. J’ai débuté à l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE). J’ai également été éducatrice de rue.

J’ai travaillé auprès de personnes aveugles ou malvoyantes, polyhandicapées, pendant une quinzaine d’années et je suis venue assez naturellement à l’Institut Camille Miret, car c’est un terrain professionnel que je trouve passionnant.

Par ailleurs, c’est un métier qui complète bien les missions des équipes de soins.

 

Florine Doucet

Initialement, je souhaitais être enseignante. Je suis partie en STAPS pour devenir prof de sport, comme tout le monde.

Puis, j’ai eu l’occasion de faire un stage en activité physique adaptée dans un foyer de vie, et c’est là que j’ai découvert ce métier. Je me suis rendue compte que je préférais travailler avec un public avec des besoins spécifiques ou avec déficiences plutôt qu’avec des enfants et des adolescents dans un système scolaire.

Je me suis alors orientée vers la filière d’activité physique adaptée jusqu’au master, suivie d’un an à Toulouse, au sein d’une association de mixité sociale, avec des personnes en situation de handicap et des jeunes en difficulté scolaire.

Je me suis ensuite dirigée vers l’Institut Camille Miret parce que la psychiatrie m’intéressait, et que je voulais approfondir mes connaissances.

Au fur et à mesure des interviews dans les services, on retrouve un peu souvent le même sujet : celui du recrutement, celui de trouver des gens qui ont des compétences et veulent travailler dans le Lot. Percevez vous cette difficulté à votre niveau ?

Nathalie Lasbories

Je dirais que pour le suivi des patients, la continuité… c’est essentiel. L’instabilité des équipes et le turn over sont particulièrement dérangeants, on n’est pas sûr que l’information suive toujours. Et pour nous, la transmission de l’information est importante.

Par ailleurs, nous qui allons à l’extérieur, nous avons souvent besoin d’un soignant-accompagnant supplémentaire pour les patients. C’est souvent compliqué de trouver un soignant qui veuille bien s’associer pour sortir car l’activité peut être contraignante ou prendre du temps. Donc cela peut réduire aussi les sorties à l’extérieur — ce problème se pose donc plutôt sur le plan pratique.

 

Emmanuel Scicluna, cadre supérieur de santé en charge de la sociothérapie à l’ICM

Il est vraiment dommage qu’il n’y ait pas plus de postulants. Bien entendu en psychiatrie, la question de la temporalité se pose. C’est ce qui en fait sa singularité.

Ce ne sont pas trois semaines dans un service de chirurgie et notre accompagnement demande du temps. Comment allier un soin sur un temps long avec des professionnels qui sont là un jour, deux jours, trois jours ?

J’ai eu la chance de connaître l’hôpital et ses équipes de soins complètes. On ne savait pas ce que c’était que des intérimaires ; on ne savait même pas ce que c’était que des CDD.

Il n’y avait que des gens titulaires de contrats à durée indéterminée. Du coup, on travaillait en équipe, on travaillait avec des médecins qui étaient là sur une longue temporalité et on connaissait les patients, leur histoire.

On n’avait pas besoin de redire les choses. Donc là, ça, c’était vraiment quelque chose de confortable. Aujourd’hui, il faut réinventer le soin en tenant compte de cette réalité.

Comment favorise-t-on une forte cohésion au sein d’une équipe éphémère ?

Nathalie Lasbories

Aujourd’hui, il y a peu d’équipes qui disposent de tous leurs salariés dans la durée. Il y a également des départs à la retraite, de médecins ou d’autres professionnels …

C’est vraiment une question majeure en psychiatrie : comment travailler avec des personnes qui ne font que passer ? Si nous, nous pouvons le comprendre et le supporter, le patient peut ne pas bien le vivre.

À quelles autres difficultés faites-vous face ?

Florine Doucet

Pour nous, c’est plutôt la constance dans la prise en charge. Les personnes vont, à certains moments, éprouver des baisses de motivation. Il faut alors essayer de les rattraper pour les motiver. Je vais les revoir souvent, on échange. Parfois, cela tient à peu de choses, montrer qu’on est là pour eux.

Comme nous sommes un peu isolés, nous ne sommes pas tous les jours dans les unités. Se voir régulièrement permet de relancer le dispositif s’il s’essouffle.